Histoire

Aujourd’hui inhabitée, la forêt des Nouragues a jadis été occupée et sillonnée par des ethnies amérindiennes. D’après les témoignages historiques, les derniers habitants furent les amérindiens ‘Nouragues’ disparus au cours du 18ème siècle. La réserve naturelle des Nouragues porte d’ailleurs ce nom en souvenir de ses anciens occupants amérindiens. Dans l’histoire plus récente, la région des Nouragues a été témoin des heures de gloire des exploitations aurifères, de bois de rose et de la gomme de balata à la fin du 19ème siècle et début 20ème.

Occupation amérindienne

Dessin amérindiens et polissoirsAu cours du 18ème siècle, après l’arrivée des européens, les indiens ‘Nouragues’ (ou selon les appellations ‘Norak’, ‘Norag’, ‘Nooraco’ ou encore ‘Noragues’) étaient de moins en moins nombreux sur les rives de l’Approuague et quelques groupuscules s’isolaient en forêt. Au 19ème siècle, quelques ‘Norak’ sont signalés sur l’Approuague (en 1808), puis dans le bas Oyapock (en 1831) ; enfin, seulement 9 sont recensés sur le haut Approuague en 1848. Selon les éthnologues, les derniers ‘Norak’ ayant survécu se seraient alliés puis sans doute métissés avec les Wayapi et les indiens métis du bas Oyapock.

Exploitation aurifère

Dessin exploitation or en forêtLa découverte de l’or sur le fleuve Approuague date officiellement de 1855. La crique Arataye est d’ailleurs la première rivière ou fut découvert l’or en Guyane. Ce fut le début des installations de chantiers d’orpaillage. Jusqu’en 1904, l’Approuague connait de grandes exploitations. Puis, à la période des grands placers, se substitue celle des petits placers ou chacun travaille pour soi avec une technique beaucoup plus restreinte et un certain sédentarisme s’affirme. En 1912, sur l’Approuague, dans la crique Ipoucin (à l’est de la réserve), la société Française du Matarony inaugura la drague « Conrad » actionnée par une machine à vapeur à godets de 100 litres ; elle fonctionna de 1914 jusqu’en 1924. A partir des années 30-40, l’exploitation de l’or en Guyane a commencé à décliner. Mais depuis une décennie, la Guyane fait face à une nouvelle ruée vers l’or dont les conséquences écologiques et sociales sont désastreuses. Le nord-est de la réserve des Nouragues est malheureusement touché par l’orpaillage clandestin.

Exploitation du bois de rose

Dessin distillerie bois de rose en forêtAniba rosaeodora (Lauraceae) est un arbre qui produit une essence très odorante. Assez répandu en Guyane au début du siècle, il fut exploité pour l’extraction du Linalol, utilisé en parfumerie. La principale zone de production était la région d’Approuague-Kaw ; il y en avait près de l’Arataye, et même jusqu’aux sources de l’Approuague. Afin d’éviter le transport des bois sur les fleuves, des usines de distillation s’installèrent dans l’intérieur du pays ; ainsi, en 1935, sur 20 distilleries, 13 étaient situées dans le bassin de l’Approuague. L’exportation d’essence de bois de rose augmenta très rapidement dans les années 20 (maximum en 1926). Puis la baisse commença, à cause de la surproduction, la raréfaction des arbres, et la concurrence d’autres pays producteurs. La dernière distillerie ferma néanmoins assez tardivement, en 1970, à Regina. Le bois de rose est intégralement protégé en Guyane depuis 2001.

Exploitation de la gomme de Balata

Dessin d'exploitation de la gomme de balataTout comme l’essence de bois de rose, la gomme de balata fut une production passée de la forêt, qui joua un rôle important dans l’économie de la Guyane à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, jusqu’aux années 30 (Bruleaux, 1990). Le latex, appelé gomme de balata, est issu du Manilkara bidentata (Sapotaceae), arbre imposant très répandu dans toute la Guyane, jusqu’au Brésil et au Venezuela. Dans la région des Nouragues notamment, cette espèce est assez fréquente. Les méthodes utilisées pour récupérer le précieux latex étaient l’abattage, la saignée partielle ou la saignée totale. On laissait ensuite coaguler le latex pour former la gomme de balata ; celle-ci était alors exportée en plaques vers l’étranger. L’appauvrissement progressif de la forêt en balatas dans les zones exploitées fut l’une des causes de la disparition progressive de cette activité.