Les milieux

Les milieux

Sous une apparente homogénéité, l’espace forestier de la Guyane est en réalité très hétérogène. Ce constat rend particulièrement difficile la caractérisation des types forestiers. Mais dans la réserve, plusieurs milieux remarquables sont à souligner. C’est cette diversité de milieux qui permet une biodiversité (faune/flore) si riche aux Nouragues.

La forêt dense humide

Sous-bois Nouragues © M. DelavalTrès largement dominante sur le territoire de la réserve, la forêt dense humide (99 % des types de végétation) présente des faciès différents selon les conditions du milieu. Le nombre d’espèces d’arbres avoisine les 1200 en Guyane ! Les forêts hautes se retrouvent principalement sur les sommets et les pentes des collines. Dans les bas-fonds, aux sols gorgés d’eau, les palmiers pinots (ou Wassaï, Euterpeoleracea) dominent la végétation, alors que d’autres espèces encore sont inféodées aux abords des rivières, comme le « cacao rivière » Pachira aquatica.

La forêt ripicole

Arbre recouvert d'épiphytes au dessus de la rivière Arataye © V. PelletierSur les berges des rivières (ou criques), la forêt de terre ferme s’interrompt par un rideau de végétation héliophile, ou les arbres sont penchés vers l’eau, souvent chargés de lianes et de nombreuses plantes épiphytes. La végétation est très différente selon la physionomie de la rive, concave ou convexe. Sur les rives concaves, où l’érosion est forte, la végétation se rapproche de celle de terre ferme, mais la croissance dissymétrique des houppiers et l’instabilité de la berge, entrainent des chablis (chute d’arbre) fréquents. La forêt est riche en lianes et épiphytes associées à des espèces plus inféodées aux bas de pentes humides comme les “Wapas”, les “Cacao rivière” et le “Yayamadou marecage”. Sur les rives convexes, la forêt est plus marécageuse, sur des dépôts de vases et de sables. C’est une formation couverte d’une végétation basse dite “ pri pri ” dominée par le “Moucou moucou” et les “Pois sucrés”.

La forêt de lianes

Lianes  © M. DelavalCette formation végétale est peu fréquente et très localisée. La forêt y est plus basse que dans le massif forestier environnant. En effet, cette formation est marquée par la présence de plantes lianescentes très envahissantes recouvrant toutes les autres plantes. Une autre caractéristique de ce milieu est sa pauvreté en plantes épiphytes, par rapport à la forêt dense avoisinante.

Les cambrouses

Vue aérienne cambrouze, Nouragues © M. DewynterCe terme guyanais désigne les formations denses, très difficilement pénétrables et monospécifiques de graminées bambusiformes. Ces formations semblent s’auto-entretenir, ne laissant pratiquement aucune autre espèce germer et croitre sous leur couvert ce qui empêche donc toute reconstitution de la forêt. L’origine des cambrouses a alimenté de nombreuses discussions sans pour autant jamais faire l’objet d’un travail spécifique. L’une des hypothèses serait que ces formations soient des vestiges d’anciens sites de villages amérindiens autrefois implantés en forêt. Dans la réserve, plusieurs cambrouses ont pu être localisées, de superficie variant de plusieurs dizaines de mètres carrés à quelques hectares.

La végétation des « sauts »

Salade Coumarou, végétation des sauts © J. DevillechabrolleDans la réserve des Nouragues, les principaux seuils rocheux se rencontrent sur la rivière Arataye (saut Japigny, saut Pararé, saut Couy). Les rochers émergeant de l’eau, battus par les eaux tumultueuses, sont colonisés par plusieurs espèces de Podostemaceae, dont la plus spectaculaire et la plus commune est la « Salade-Coumarou » (Mourera fluviatilis), immergée une grande partie de l’année, aux énormes feuilles rugueuses plaquées sur la roche, et aux belles hampes à fleurs roses s’épanouissant pendant la saison sèche. Sur les berges et les ilots rocheux émergeant en permanence de l’eau, on peut trouver une végétation plus diversifiée d’arbustes et de plantes herbacées. Ce type de végétation montre certaines affinités floristiques avec celle des inselbergs.

La végétation des Inselbergs : « Savane-roche »

Végétation Inselberg  © M. DewynterLe terme local de savane-roche désigne la végétation basse et broussailleuse des affleurements rocheux granitiques de Guyane. Cette végétation originale est adaptée à des conditions écologiques rigoureuses : quasi absence de sol, sécheresse intense périodique, ruissellement important en saison des pluies, température très élevée de la roche pendant l’ensoleillement (jusqu’à 50°C voire 75° C !). Les inselbergs sont considérés comme des refuges témoins d’un climat ancien plus sec. Ainsi, l’insularité des inselbergs et la nature xérophile des peuplements végétaux, qui caractérisent les savanes-roches, leur confèrent le statut de refuge pour des organismes diversifiés lors des phases climatiques sèches. Ils apportent donc à la diversité globale de la zone un contingent d’espèces, peu nombreuses, mais absentes de la forêt. Cette nature même de refuge en fait un laboratoire naturel de diversification sinon de spéciation qui peut servir de test pour l’hypothèse des refuges forestiers.